ANDRÉ BUFFIERE : MONSIEUR BASKET...


Pierre André Buffière est né à Vion dans l'Ardèche en 1922 ; cependant sa grand-mère n'appréciant pas son premier prénom préféra l'appeler André. Son père, cheminot, viendra en fin des années 20 travailler au dépôt SNCF d' Oullins. De son côté, sa mère, catholique pratiquante l'inscrivit alors à l'école libre d'Oullins ainsi qu' au patronage de la Fraternelle. Il y a là le père Martin qui demande à ses ouailles d'assister à la messe du dimanche ( il servira parfois comme enfant de chœur ... eh oui), de participer à la clique (il y apprend le fifre et la trompette ... eh oui); mais à côté de cela, le curé sera toujours disponible, près des terrains de sport pour fournir des ballons. Les plus âgés encadraient les plus jeunes en gymnastique et en basket-ball.

Dés l'âge de 15 ans, André possède presque sa taille et son poids d'adulte qui lui font intégrer l'équipe première sauf pour les matchs contre le patronage Laïque, trop souvent sanglants. Son père aurait bien voulu qu'il fasse du rugby mais le « virus » basket l'avait déjà contaminé. Après son CEP, i1 rejoint le collège d'Ainay à Lyon pour y obtenir son brevet élémentaire et intégrer à partir de 1938 la société Air liquide comme employé de bureau. Il joue alors à la Fraternelle d'Oullins en Honneur du Lyonnais avec les Armand, Cottarel et Lacroix... contre les équipes rivales de l'ASV, la CRO, le Crédit Lyonnais ou le PLO. Après la drôle de guerre, il travaille toujours à Air Liquide mais il est maintenant réquisitionné pour le chargement des bouteilles de gaz (environ 60kgs), ce qui lui fera découvrir les avantages de la musculation. Pour surveiller les jeunes sous l'occupation, le gouvernement met en place les Chantiers de Jeunesse : il se retrouvera en 42-43 à couper du bois dans la région d'Artemare dans l'Ain avec une vie sportive en plein air (gym matinale et basket). Il découvrira ainsi les bienfaits de l'oxygénation avec quelques autres basketteurs de la région.

Entre-temps, il rencontre et épouse Simone avec qui il aura, après la guerre, Françoise, Dominique et Michel. Cependant sa classe est appelée pour le STO en Allemagne : ni son mariage, ni le concours réussi aux Pompiers de Lyon, ni sa « quasi » blessure au genou ne convaincront les recruteurs.
Il décide alors de se faire oublier en Ardèche chez la grand-mère qui l'avait appelé André. II apprend qu'un emploi à l'Arsenal d'Irigny pourrait l'exempter de ce service obligatoire. L'un des employeurs, M. Dufour, dirigeant du PLO, l'engage à l'École de l'Arsenal comme moniteur de sport pour recruter (déjà !) et entraîner une équipe pour disputer la Coupe du Travail. Pendant cette période, il rencontre et convainc les meilleurs joueurs du CASCOL, du PLO et de la Frat' de composer une sélection oullinoise assez forte pour tenir en échec les champions de France d'alors, le FC Grenoble avec Robert Busnel qu'il rencontre la première fois. .
A la Libération, l'équipe grenobloise explose: Busnel, Duperray et Chenel signent dans un club alors inconnu, l'Éveil Sainte Marie de la Guillotière à Lyon. Ils sont rejoints durant l'été 1945 par Goeuriot qui a fait un détour par le Stade Français tandis que Busnel se souvient de Buffière et le contacte.
Le président Barbier, directeur des affaires périscolaires des écoles libres, valide son diplôme de moniteur obtenu aux Chantiers de jeunesse et le recrute comme moniteur de sport.

Deux anecdotes de cette période de la Libération de Lyon :
-Le pont de la Mulatière ayant été détruit lu les Allemands, Buffière désirant s'entraîner et encore Oullinois, dut prendre la barque pour pouvoir se rendre à Oullins : il apprit ainsi comme on pouvait «ramer » pour s'entraîner.
-Ayant eu l'intention de signer à l’ASV, André est... délivré de sa promesse par René Longchamp qui comprend son désir de rejoindre une belle équipe.

Toujours est-il que l'équipe de la « Guille » et la sélection du Lyonnais dont elle est l'ossature deviennent des épouvantails pour leurs adversaires. Sous la conduite de Busnel, non seulement il perfectionne se technique mais il découvre les subtilités tactiques du
« basket moderne »
Début 1946, ses partenaires et lui-même (qui a reçu le surnom de Dédé) intègrent tous ensemble l'équipe de France pour rencontrer les Tchécoslovaques à Prague ; il se rappelle encore que l'entraîneur qui avait vécu aux USA, Ruzgis, lui révéla beaucoup de choses sur les techniques de préparation.
C'est le début d'une carrière internationale qui le verra participer à cinq championnats d'Europe (Genève en 46, Le Caire en 49, Paris en 51, Moscou en 53 et Budapest en 55), à un championnat du Monde à Rio en 56 et aux Jeux Olympiques de Londres en 48, obtenant la médaille d'argent (comme 52 ans plus tard) derrière les Américains, puis ceux d'Helsinki en 52.
Il honorera 105 fois sa sélection en équipe de France en étant le capitaine de 48 à 55. Pendant ce temps-là, il remporte le titre de champion de France avec la Ste Marie et participe à la malheureuse finale jouée et perdue l'année suivante devant le PUC par la faute d'une blessure pendant le match, blessure qui l’empêchera de disputer les championnats d'Europe à Prague en 47.
Cette armée-là, la « Guille » disparaît, les joueurs signent à la CRO mais Dédé va à Marseille ... à temps partiel, puisqu'il entraîne l’ASV le lundi soir.
Il décroche un nouveau titre de champion de France avec Marseille, mais, tenant sa promesse vieille de trois ans, il vient à l’ASV, l'aidant même à devenir l'ASVEL avant d'aller aux J.O de Londres.
Il devient alors l'entraîneur-joueur-recruteur de l'ASVEL en faisant venir de Marseille Nemeth et Saby de Tain l'Hermitage. C'est aussi le début de l'hégémonie villeurbannaise avec les titres de 49, 50, 52 et 55 avec une Coupe de France en 53.
En 1955, à la fin de sa carrière internationale, la lassitude aidant, Buffière prend un peu de recul. en intégrant d'abord l'entreprise BP où il devient responsable (durant 18 mois) du « dispatching » et de la distribution de carburant, tout en signant au SA Lyon alors en deuxième division.
Il permet à ce club de devenir champion de France excellence en 1957 et d'atteindre pour la première fois le haut niveau. Busnel l’appelle à prendre la direction technique du Bataillon de Joinville ainsi que celle de l’équipe de France. Il prendra son poste pour le match France-Espagne qu'il remportera d'ailleurs et cela pour la première fois devant les caméras de l’Eurovision, initiant ainsi la médiatisation de son sport.
C'est d'abord l'embellie, cette génération de joueurs est la seule en Europe de l'Ouest à pouvoir rivaliser avec les équipes de l'Est dont les joueurs sont des professionnels d'état. Il coachera 120 matchs pour un total de 70 victoires contre les meilleures équipes européennes avec une cinquième place aux championnats du Monde à Rio en 1963. Cependant, après avoir manqué de peu la qualification pour les J.O de Tokyo en 64, le ressort semble cassé et Joe Jaunay prend sa succession à la tête de l'équipe de France.
C'est pendant cette période qu'il recevra le surnom de «Bubu » qui le suivra toute sa vie. Il garde la direction du Bataillon jusqu'en 1969 avec un titre de champion du Monde militaire (64).
Dès 1965, il revient au Stade Auto qu'il n'avait pas perdu de vue et prend le poste de Directeur sportif chez Berliet ; une jeune génération de joueurs retrouve la première division, terminant même sur les talons du champion sortant, l’ASVEL.
Malheureusement, après une autre saison au plus haut niveau et une participation à la Coupe d'Europe, la politique sportive de Berliet change et le SAL se retrouve en seconde division. Contraint de refuser l'accession gagnée sur le terrain, Buffière décide de rejoindre les Comptoirs Modernes du Mans où il reconstruit une nouvelle équipe en faisant confiance aux jeunes joueurs, tels Peter, Gasnal, Lamothe et E. Beugnot.

En 1973, De Barros appelle Buffière pour prendre les rennes de l'ASVEL, alors en crise et permettre ainsi à Gilles de se concentrer sur son rôle de joueur majeur. Sous sa houlette, l'ASVEL remporte les titres en 1975 et 1977, mais surtout commence à se faire une belle carte de visite au niveau européen avec des participations aux demi-finales Korac en 74 et deux autres encore en Coupe des Champions en 76 et 78. Pendant cette période, il permet à une classe de joueurs talentueux autour de Gilles et de Purkhiser de s'exprimer avec un impact extraordinaire sur un public tout acquis à sa cause.
Après huit saisons de bons et loyaux services, un club sans palmarès, le CSP Limoges lui fait signer son vrai premier contrat professionnel. En trois ans, il apporte d'abord de la rigueur aux entraînements, puis de la confiance sur le terrain à de jeunes joueurs comme Deganis et Dacoury, tout en offrant une seconde jeunesse à YM. Vérove, A. Faye, JM. Sénégal et D.Dobbels et en recrutant la plus fine « gâchette » ayant jamais évolué en France, Ed Murphy.
L'équipe passe de la onzième place à la cinquième, puis à la seconde pour remporter en 1983 son premier titre de champion de France. Ajoutons-y deux coupes de la Fédération (82 et 83) et surtout, ces mêmes années, ce qu'aucune équipe collective n'avait réussi jusque là, deux Coupes européennes de suite, deux ... Korac, chaque fois gagnées devant les Partisans de Drazen Petrovic. II clôture son contrat avec Limoges en 1983 avec son premier triplé Championnat-Coupe de France-Coupe d'Europe comme le réalisera 12 ans plus tard la même équipe avec Y. Bonato à sa tête.

Il rejoint ensuite le Racing Club de France, alors en deuxième division, tout en s'éloignant un peu du terrain pour exercer les fonctions de General Manager et permettre à cette équipe de retrouver la première division à partir de 85. En 1989, il retrouve l’ASVEL dans un rôle de conseiller technique puis rejoint le conseil d'administration. Il connaît même les joies et les turpitudes d'un président de club, le B.C Vienne opérant en Nationale II, jusqu'au dépôt de bilan en 1996.
Evidemment, la période noire de l’ASVEL, il l'a vécu intensément et mit toute son autorité pour permettre la poursuite de la vie de ce club au plus haut niveau auprès de la Mairie de Villeurbanne.

André Buffière aura été pionnier partout où il est passé: co-fondateur d'un club, médaillé olympique, capitaine de l'équipe de France et plusieurs fois médaillé d'argent ou de bronze européen comme joueur ou comme entraîneur, six fois champion de France comme joueur avec trois clubs différents, vainqueur de trois coupes de France (joueur ou entraîneur), vainqueur de deux coupes européennes, champion du monde militaire, il permit à trois clubs, le SA Lyon, le Racing Club de France ou Limoges, de rejoindre le plus vaut niveau hexagonal voire européen et un découvreur-recruteur de futurs grands talents. II inventera les postes de directeur sportif, de diététicien, de General Manager, de conseiller technique ou d'administrateur spécialisé.

Ce palmarès et cette carrière, il les a d'abord construit sur la rigueur… on parle même d'unstyle sur le plan défensif collectif que ne renierait aucun entraîneur moderne ; ensuite, avec de la conscience professionnelle, sinon un goût de la perfection associé à l'ambition de réussir sportivement, enfin sur une grande curiosité voire d'innovation pour tout ce qui concerne ce sport qui est sa passion.

Evidemment, cette rigueur, cette ambition, ce goût de la perfection ne peuvent avoir l'adhésion de tous d'autant plus qu'un caractère inquiet voire sensible l'obligera à se forger me carapace qu'il n'abandonnera qu'avec sa famille et ses plus proches amis.
Cette carrière aura été reconnue avec l'attribution du prix Destremeau du meilleur éducateur sportif en 1983, avec le grade de chevalier dans l'ordre national du Mérite aussi bien que dans celui de la légion d'Honneur... II obtiendra, cela va de soi, la médaille d'or de la Jeunesse et des Sports. En l'an 2000, l'ASVEL ne pouvait pas moins faire que de le sélectionner dans le 5 majeur de son premier cinquantenaire.
Président de l'Amicale des Anciens de l’ASVEL, il ne peut toujours pas s'empêcher d'orienter la conversation vers son sport favori. Cependant il a tant apporté au basket à Villeurbanne en particulier et sur le plan hexagonal de manière plus générale, qu'il faudrait bien un jour lui dédier une statue avec cette simple dédicace :

André Buffière: Monsieur Basket

A1bert DEMEYER